Un réfrigérateur acheté noté A+++ il y a quelques années, retrouvé aujourd’hui avec une note C sur un modèle strictement identique en magasin : rien n’a changé dans l’appareil, tout a changé dans l’échelle qui le mesure. Cette rénovation de l’étiquette énergie, appliquée à plusieurs catégories d’appareils électroménagers, a déplacé les repères sans toucher à la consommation réelle des produits déjà vendus.
Pourquoi l’ancienne échelle s’était essoufflée
L’étiquette énergie originelle allait de A à G. Les progrès techniques ont fait grimper la quasi-totalité des appareils vers le haut du classement en quelques années, obligeant à ajouter des catégories intermédiaires : A+, A++, puis A+++. À ce stade, l’échelle avait perdu sa fonction première : plus aucun appareil ne se retrouvait dans les catégories basses, et la note ne permettait plus de distinguer un modèle réellement économe d’un modèle seulement correct.
La bascule vers une échelle resserrée, de A à G à nouveau mais recalculée avec des seuils plus exigeants, visait précisément à redonner du sens à la note. Un appareil neuf, aujourd’hui très performant, peut ainsi décrocher un B ou un C, alors qu’un modèle équivalent affichait un A+++ quelques années plus tôt sur l’ancienne échelle : ce n’est pas un appareil moins bon, c’est une règle de calcul plus sévère.
Ce que la nouvelle note mesure réellement
La classe affichée résulte d’un calcul standardisé de consommation d’énergie sur un usage type, propre à chaque catégorie d’appareil : cycles de lavage pour un lave-linge, heures de fonctionnement pour un réfrigérateur, temps d’utilisation quotidien pour un téléviseur. Ce protocole permet de comparer deux modèles entre eux dans des conditions identiques, mais il reste un usage théorique, standardisé pour l’ensemble du marché, qui ne colle jamais exactement à l’usage réel d’un foyer en particulier.
La consommation annoncée en kilowattheures par an, affichée à côté de la lettre, donne une indication plus concrète que la seule classe : deux appareils classés B peuvent afficher des consommations annuelles différentes, la lettre regroupant une plage de valeurs et non un chiffre unique. Comparer les kilowattheures annoncés reste donc plus précis que comparer uniquement les lettres entre deux modèles voisins.
Le piège du réflexe conservé
- Comparer un appareil ancien noté A+++ à un appareil neuf noté B sans tenir compte du changement d’échelle conduit à une conclusion fausse : les deux notes ne se lisent pas sur la même règle.
- Un appareil neuf noté C sur la nouvelle échelle consomme souvent moins, en valeur réelle, qu’un ancien modèle A+++ vieillissant : l’usure et l’encrassement dégradent la performance réelle d’un appareil au fil des années, indépendamment de sa note d’origine.
- La lettre seule ne dit rien du volume utile, de la capacité ou du niveau sonore : elle mesure l’énergie, pas l’ensemble des qualités d’usage d’un appareil.
Des appareils anciens qui gardent leur ancienne étiquette
Un appareil déjà installé dans un foyer n’a évidemment pas vu son étiquette recalculée : la rénovation ne concerne que les appareils mis en vente après le changement de règle, pas le parc existant chez les particuliers. Cette coexistence, pendant plusieurs années, entre deux logiques de notation différentes explique une partie de la confusion ressentie en magasin, où un vendeur peut encore évoquer d’anciennes classes par habitude, alors que toutes les étiquettes affichées en rayon suivent désormais la nouvelle échelle recalculée.
D’autres pictogrammes à ne pas confondre avec la classe énergétique
Sur certains appareils cohabitent désormais la classe énergétique et un second repère, comme l’indice de réparabilité pour les catégories concernées — un sujet traité plus largement du côté de la rubrique mode et beauté, où la même logique de repère chiffré, présent sur certains produits et absent d’autres, s’applique aux textiles. Ces deux notes ne mesurent jamais la même chose : l’une porte sur la consommation d’énergie à l’usage, l’autre sur la capacité de l’appareil à être réparé plutôt que remplacé. Les confondre revient à comparer deux informations qui ne répondent pas à la même question.
Le détail des catégories d’appareils concernées et du calendrier de cette rénovation figure sur le site de l’Agence de la transition écologique, référence publique sur les questions de consommation énergétique des appareils domestiques.






